ECHO DE SAINT-PIERRE N° 112 - Mai 1999

Sur le chemin de pierre.

Au rythme incessant du temps qui passe et des siècles qui s’accumulent, des empires se créent quand d’autres disparaîssent, des civilisations prospèrent quand d’autres déclinent. Ainsi s’écoule la vie effaçant parfois au passage notre identité collective, balayant inexorablement jusqu’au souvenir de notre passé.

Pourtant des indices de ce passé subsistent, ils nous guident dans la recherche de nos racines et dans la compréhension de notre présent. Ainsi, bien avant l'ère chrétienne et la colonisation romaine, notre pays: l’Armorique, était celtique au même titre que la Grande Bretagne et l’Irlande. Le Channel n’était pas un obstacle aux relations et aux échanges entre cousins éloignés dont la langue avait la même origine celtique. De plus à en croire un érudit moine bénédictin, Dom Lobineau ( 1666-1727 ), le pays d’Armorique fut christianisé très tôt de même que la Grande Bretagne. C’est, affirme t-il, : “sous le règne du pape Eleuthere ( 175-189 ) que les neveux de Joseph d’Arimathie vinrent, via l’Austrasie (royaume de l’est de la Gaule ), prêcher la foi de Jésus Christ aux armoricains et aux bretons”.
Ce renouveau spirituel favorisa la fondation de nombreux monastères dont le rayonnement culturel indéniable développa de nombreuses vocations missionnaires. Ce fut notamment le cas au pays de Galles et en Cornouaille britannique o le souvenir de “saint Ildut” reste vivace notamment par la renommée de ses disciples : Pol Aurélien, Tugdual, Samson .... Par contre dans notre pays pagan (païen) les avancées du christianisme furent moins significatives et plus lentes.

C’est au Vème et VIème siècles que les structures sociales de l’ Armorique allaient connaître des bouleversements historiques notamment par la venue massive sur le continent de moines britanniques. Ces hommes lettrés ( des saints selon nos anciens ) furent les organisateurs et les administrateurs des paroisses qu’ils fondèrent et dont bon nombre portent encore leur nom précédé notamment du préfixe Plou.
Ces migrations n’étaient pas fortuites ni dues au hasard car elles correspondaient à une période troublée par les grandes invasions européennes. En quête de nouveaux espaces des peuples dits barbares déferlèrent sur l’occident, ébranlant au passage les fondements déclinants de l’empire romain. Sous la pression des Huns, les Goths, les Francs, les Alamans, les Lombards, les Burgondes, et autres tantôt chassés, tantôt chasseurs, envahirent durablement d’immenses territoires. Ces barbares ne l’étaient pas tous, seule leur religion hérétique les rendait ennemis de Rome. Les peuples d’origine germanique bousculés par les Huns étaient de religion arienne, fondée par un prêtre dissident du nom d’Arius et dont la doctrine fut condamnée lors du concile de Nicée (325). Arius niait entre autre la divinité de Jésus Christ.

La Grande Bretagne elle même fut envahie par des peuplades nordiques et païennes, telles les Angles, les Jutes et les Saxons qui repoussèrent jusqu’en petite Bretagne une partie du peuple celtique, encadrée par une élite de moines ou de religieux que la tradition bretonne qualifia de saints. Parmi eux un ermite du nom de Pierre, compagnon ou parent de Pol Aurélien, futur évêque du Léon. Ce Pierre (Per ou Ber en breton) fonda un ermitage, près de Ploumoguer, à Lamber (Lann de Ber ou monastère de Pierre). Une communauté de fidèles se créa également à Quilbignon autour du lieu d’une de ses retraites, au hameau de Kerber .

A l’origine, le pays de Quilbignon n’avait pas qualité de paroisse mais était rattaché à celle primitive de Plouzané. La mémoire populaire garda longtemps le souvenir du “saint” homme qui devint tout naturellement le protecteur spirituel de la paroisse qui fut fondée vers le XIIIème siècle, englobant le hameau de Sainte Catherine ( Recouvrance ). Mais à ce “saint” pas très catholique aux yeux de Rome dut se substituer au fil des siècles un autre plus connu : le saint Pierre apôtre, premier pape de l’église chrétienne.

Avons-nous perdu au change ? Peu-être pas .... Seule la vérité historique s’en trouve quelque peu égratignée . Qui s’en plaindra aujourd’hui, le temps efface tout.



M. BARON