ECHO DE SAINT-PIERRE N° 83 - Mars 1996

BARULLU DE MON ENFANCE

Dans quelques jours paraîtra le second livre de François KERGONOU “Barullu de mon enfance”. Afin de vous donner un aperçu de cet ouvrage, nous publions dans nos colonnes des extraits parmi les 25 chapitres.

L’école... A la rentrée en classe, après la récréation, le temps que les sabots se taisent, et les écoliers avec, nous nous retrouvions à l’afft d’une nouvelle péripétie venant du maître. “A propos, dit-il, c’est aujourd’hui l’analyse logique, Untel au tableau...”. Celui-ci, pris parmi les costauds du fond précisément. “Allez ! Tourne !” Et la tableau fait volte face... Une grande exclamation de surprise et de joie accueille un train, plus vrai que nature, la classe devenant gare pour quelques minutes, dans l’attente de voyageurs qui ne descendent pas. “Voici l’analyse logique dit M. Le Tours, la locomotive est la proposition principale, et les wagons les propositions subordonnées. Pas de subordonnées sans principale... Tout le monde a compris ?” Bel élan unanime... Sans le moindre effort, les plus entêtés avaient reçu le message.

Ce n’est pas fini... Tel autre au tableau, mais à droite cette fois. Nouveaux cris d’allégresse à l’apparition de la face cachée. C’est un tramway comme celui du bourg - le nôtre - o le simple fait d’être assis donne déjà comme un semblant de mal de mer. “Le tramway est une proposition indépendante, dit le maître, car il est à la fois locomotive et wagon...” Aucune défection, tout le monde a compris. Quelle juste récompense pour notre maître. Songez à cette soirée qu’il a passée, la veille, dans le froid et la solitude de sa classe, éclairée par une simple lampe à pétrole, pour réaliser ces chefs-d’oeuvre... Il enlève ses binocles pour les essuyer. L’émotion peut-être...

L’automne... J’ai toujours été très sensible aux charmes de l’automne... D’ailleurs, comment s’en étonner ? C’est notre maître, qui comme à chacun, me l’a fait découvrir.La cour de l’école était plantée de superbes marronniers, beauté de la nature pour les yeux et paradis pour les pinsons et autres, au printemps. arrivait l’automne... Harcelés par le vent des tempêtes, ces pauvres arbres se faisaient secouer plus qu’ils ne l’auraient voulus. Les larges feuilles tombées jalonnaient la cour, formant un tapis resplendissant de teintes jaunes. Une merveille... Surtout, qu’ajoutés à cela, les marrons s’y dissimulaient pour mieux nous faire savourer le plaisir de la découverte. Très beaux par leur éclat, mais pas comestibles, ils servaient d’antimites à la maison. Une façon d’apporter la saison dans les armoires, tout en faisant plaisir aux mamans. Et puis, encore, ces feuilles dont les pétioles servaient à fabriquer, pour chacun, une bonne paire de lunettes...

L’hiver... Quant à nous deux, mon frère et moi, fidèles occupants du grenier, la simple couverture verte de notre lit se voit renforcée par un épais édredon. Chaud et sympathique... Hélas, il a la fâcheuse tendance à tomber sur le plancher d’un côté ou de l’autre. C’est alors qu’on sent vraiment qu’il ne fait pas chaud sous le toit. Certes, il y a bien les vieux jupons de laine de la grand-mère, vous vous en souvenez ? Mais encore...

Le cinéma... Deux séances selon le choix et la convenance de chacun. Vingt sous l’entrée, avec demi-tarif pour les enfants jusqu’à sept ans... Ce qui, soit dit en passant, m’a fait hésiter longtemps à franchir la barrière fatidique de l’âge en m’amenuisant quelque peu devant le guichet... Pas pressé de grandir à St-Pierre ! Bref, nous voilà juchés sur les gradins...”

F. KERGONOU


Ce livre retrace l’enfance de l’auteur, de 1929 à 1939, à travers la vie quotidienne de Saint-Pierre Quilbignon, et tout particulièrement du village de Barullu... C’est environ quatre heures de lecture et de voyage dans ces années exaltantes o chacun, éventuellement, pourra se reconnaître dans les chapitres sur l’école, le cinéma, les jeux, le charme de l’automne ou les frimas de l’hiver ou bien, encore, l’appel de la mer toute proche.

C’est enfin, la convivialité de la petite boutique de sa mère, lieu extraordinaire de rencontre, tenant parfois du bureau de bienfaisance. Ce livre reflète les souvenirs bien vivants d’une mémoire toujours fraîche. Il est le cinquième ouvrage du groupe “Mémoire de Saint-Pierre”. Une expérience unique et réussie de la vie des quartiers de Brest.